Insertion agroécologique

La rizipisciculture

Les rizières  sont des écosystèmes propices à la croissance et à la production d’organismes aquatiques. La culture intégrée de riz et de poisson peut s’assimiler à une symbiose où les poissons permettent d’augmenter la production rizicole en favorisant l’accès aux nutriments (bioturbation, fèces, lutte contre les bio-agresseur) et où le riz constitue une nourricerie pour les poissons.

Associée à la culture du riz, la pisciculture permet une intensification de l’agriculture en améliorant la productivité du travail et le rendement global. Dans les rizières, l’élevage de poisson optimise l’utilisation des ressources en terre et en eau et améliore la fertilité des parcelles. D’autre part, par la consommation des algues et des adventices (plante parasites), les poissons contribuent à réduire leur compétition vis-à-vis du riz et peuvent  fortement, voire éliminer complètement, le besoin d’utilisation des pesticides chimiques tel que les herbicides, les insecticides et les molluscicides. Le besoin en aliments complémentaires pour le poisson se voit réduit par la richesse naturelle de l’écosystème rizicole en phytoplancton, zooplancton, macrophyte, benthos, détritus et bactéries, limitant aussi les risques de maladies (Halwart et al., 2014).

Malgré les avantages de ce système de production, cette pratique aquacole est encore très peu développée au Cambodge. Une enquête sera réalisée, d’une part, pour préciser la perception et les représentations que cette activité génère chez les parties prenantes et, d’autre part, pour identifier les facteurs évoqués par les riziculteurs à l’origine de la faible appropriation de la rizipisciculture.      

Le projet AquaCAM propose également de réaliser des pilotes de production chez des  paysans volontaires en financement en particuliér le volet scientifique des études (flux de nutriments, isotopes stables, analyses d’eau). Les abondances naturelles des isotopes stables du carbone et de l’azote (δ13C et δ15N) communément utilisés en écologie, permettront de caractériser le fonctionnement trophique de ces rizières.

Pilotes à A Siem Rep

Dans le cadre d’AquaCAM eavec le nouveau partenaire du projet L’APDRA, l’objectif du pilotes réalisés avec les pisciculteurs dans la région de Siem Reap est celui de promouvoir  l’intensification écologique des systèmes de culture du riz vers des systèmes riz-aquaculture plus diversifiés et productifs.

Cette innovation pourrait doubler les rendements de riz et bien entendu garantir une production de poissons améliorée, lesquels  seront produit en association avec le riz ou en rotation intercalaire. En saison sèche les  rizières -qui ne sont pas encore en production-, sont essaimées avec des alevins de Perche grimpeuse (Anabas testudineous). Ce poisson a été retenu pour sa croissance rapide et sa capacité de respirer l’air atmosphérique lui permettant de survivre et grandir dans des milieux peu oxygénés. La production de ce poisson, sans aucun alimentation exogène, pourrait rejoindre 3 tonnes /hectare par cycle De plus, ce poisson est vraiment apprécié par le consommateur et  la récolte systématique de ce poisson permet aussi de valoriser au mieux la collecte des poissons sauvages qui ont également une valeur nutritionnelle très élève.  

D’avril à juillet, en saison de pluie,  le riz pluvial (Romdoul) produit traditionnellement sera associé au barbeau argenté (Barbonimus gonionotus). Ce poisson sera ensemencé  et cohabitera avec des  poissons sauvages recrutés spontanément dans les rizières. Le grossissement des poissons est réalisé en partie dans les rizières pendant la période inondé  puis dans les fossés refuge préparées d’un côté de la rizière. Sans plus, aucune communication la rizière sera semé avec un riz a haute rendement (HVY) et à croissance rapide, qui sera récolté avec les poissons deux mois après les semailles. Cette innovation pourrait permettrait sans autre intrants de produire jusqu’à 3 tonnes par hectare et par cycle de barbeau argenté, de deux tonnes de Riz Romdoul et de 4 tonnes de riz HYV.  

Pilotes à Takeo

Dans la province de Takeo où les producteurs de riz ont des conditions agronomiques plus favorables, l’objectif  des essais mis en place est celui d’accroître le gain économique de la pisciculture en intégrant des crevettes d’eau douce de grande valeur (Macrobrachium spp.) au  système traditionnel de riz-poisson sauvage.  L’intégration de la crevette d’eau douce dans le système de riziculture et d’aquaculture devrait permettre d’augmenter le rendement de la production de riz et la rentabilité de l’exploitation, mais aussi d’avoir avoir un impact positif sur la libération des nutriments du sol.

De plus,  l’introduction de cette espèce à forte valeur économique favorisera une utilisation plus raisonnée des produits chimiques et de promouvoir une approche de gestion intégrée des nuisibles (IPM en anglais), avec un gain économique et environnementale en mettant en valeur les effets bénéfiques des services écosystémiques. Les rendements attendus sont de l’ordre de  1,5 tonne/ha/cycle pour la crevette  et de  1,5 tonne/ha/cycle pour le riz pluvial. Ces essais seront coordonnés par le FiA. 

Les pilotes à Siem Reap et Takeo seront tous réalisés avec des riziéres contrôles et sont coordonnés scientifiquement par les experts du Cirad, notamment sur le terrain par le dr. Kazi Kabir.